Chaque fichier enregistré, chaque dataset répliqué, chaque sauvegarde créée a un coût carbone. On stocke pour ne pas perdre, pour être en conformité, pour avoir une trace. Mais ce réflexe de tout garder, juste au cas où, est devenu silencieusement l’un des choix IT les plus polluants qui soit. En 2026, la question n’est plus de savoir si vos données ont une empreinte. Elle est de savoir si votre architecture vous oblige à en avoir une.
Le numérique a un poids que nous avons longtemps sous-estimé
Le secteur numérique représente aujourd’hui 4,4 % de l’empreinte carbone de la France, soit 29,5 millions de tonnes équivalent CO2 émises en 2022, un chiffre équivalent aux émissions totales du secteur des poids lourds (source : ADEME-Arcep, janvier 2025). Ce qui a changé depuis les premières estimations, c’est la part attribuée aux datacenters : elle est passée de 16 % en 2020 à 46 % en 2025, dépassant désormais presque les équipements utilisateurs qui représentent 50 %.
L’explication tient en un chiffre : 53 % des usages numériques français sont hébergés à l’étranger, dans des centres de données alimentés par des mix électriques bien plus carbonés que le réseau français (source : ADEME-Arcep, janvier 2025). L’électricité consommée en France est en moyenne 10 fois moins carbonée que celle des principaux pays d’accueil de datacenters comme les États-Unis (source : rapport du Sénat, juin 2020), ce qui amplifie mécaniquement l’empreinte des usages français traités à l’étranger. La localisation du serveur, que personne ne choisit dans son navigateur, détermine une grande part de l’impact réel.
À l’échelle mondiale, les datacenters ont absorbé 310,6 térawattheures en 2024, soit une croissance de 74 % depuis 2019, et représentent désormais plus de 1,7 % de la demande électrique mondiale selon l’Agence Internationale de l’Énergie (source : Structure Research ESG 2025, via Allegro Informatique). Dans les grands pays d’accueil comme les États-Unis, l’Irlande ou Singapour, cette part peut dépasser 10 % de la consommation nationale. Le refroidissement des serveurs représente seul 40 % de l’énergie totale consommée par ces infrastructures (source : Greenly, 2025). Selon un rapport du Sénat, l’empreinte carbone du numérique en France risque d’augmenter de 60 % d’ici à 2040 si les trajectoires actuelles ne changent pas.
Le stockage par défaut, un réflexe écologiquement coûteux
La culture de l’entreprise vis-à-vis de la donnée reste celle de l’abondance : tout collecter, tout conserver, ne rien supprimer. Les réglementations sur la rétention, la peur de perdre un historique utile, l’absence de politique de cycle de vie des données forment un triptyque qui aboutit au même résultat : des serveurs qui tournent en continu pour héberger des fichiers que personne ne consulte.
L’éditeur Veritas a mesuré le phénomène : 52 % de toutes les données stockées par les entreprises dans le monde sont des « dark data », c’est-à-dire inutilisées, obsolètes, dont les responsables IT ignorent souvent même le contenu (source : Veritas, via Le Monde Informatique). Le volume mondial de données stockées a atteint 175 zettaoctets en 2025, soit cinq fois plus qu’en 2018 selon les prévisions de l’IDC (source : IDC Data Age 2025, via Le Monde Informatique), dont 91 zettaoctets seraient donc des dark data. Le stockage de ces seules données inutilisées est responsable de 6,4 millions de tonnes de CO2 rejetées inutilement chaque année dans l’atmosphère, l’équivalent de la consommation annuelle en dioxyde de carbone de 80 pays (source : Veritas, via Global Security Mag).
Ce chiffre est d’autant plus saisissant que le stockage est souvent présenté comme une ressource bon marché. Le coût unitaire du gigaoctet a effectivement baissé, mais la quantité stockée a tellement explosé que la facture globale, financière et carbone, a suivi. Comme nous le développions dans notre article sur les coûts cachés du cloud, la promesse du « payer ce que vous consommez » suppose de comprendre ce qu’on consomme réellement. Pour la grande majorité des organisations, ce que représente le stockage fantôme n’a jamais été mesuré.
Le Scope 3 arrive, et l’infrastructure IT est dedans
Pendant longtemps, l’empreinte carbone numérique des entreprises a été invisible dans leurs bilans. Ni le stockage cloud, ni les flux de données sortants, ni l’énergie consommée par les serveurs de production n’apparaissaient dans les reportings ESG. Ce temps est en train de se terminer.
La directive CSRD, entrée en vigueur le 1er janvier 2024 pour les grandes entreprises déjà soumises à la NFRD, impose la publication d’un bilan d’émissions couvrant les scopes 1, 2 et 3, conformément aux normes ESRS (source : economie.gouv.fr). Le scope 3 est précisément celui qui intègre les émissions indirectes liées à la chaîne de valeur amont et aval, dont l’infrastructure IT externalisée. Le paquet Omnibus, adopté par le Parlement européen en décembre 2025, a réduit le périmètre d’application d’environ 50 000 à 10 000 entreprises dans l’Union européenne, avec un report de deux ans pour les vagues 2 et 3 (source : Réglementation-environnement.com, 2026). Mais pour les grands groupes de la vague 1, la publication des émissions de scope 3 est maintenue.
L’effet de cascade est plus large encore. Les PME non directement soumises à la CSRD devront fournir des données structurées à leurs clients donneurs d’ordres qui, eux, le sont (source : Claire Gérardin, 2026). L’infrastructure numérique va devoir se matérialiser dans les bilans de toute la chaîne. Or la question est rarement posée dans les audits carbone actuels : combien votre système d’information stocke-t-il de données non utilisées ? Quelle part de votre scope 3 représente l’énergie consommée par des serveurs qui hébergent des fichiers depuis cinq ans sans qu’une seule requête ne les ait touchés ?
Traiter sans stocker : une sobriété structurelle, pas cosmétique
La sobriété numérique est souvent réduite à ses formes les plus visibles : éteindre les équipements inutilisés, effacer les boîtes mail, désactiver les services inactifs. Ces gestes ont leur utilité, mais ils opèrent à la marge d’un problème architectural.
Le vrai levier est en amont, dans la conception même des pipelines de traitement. La logique dominante reste celle du stockage intermédiaire : les données sont collectées, puis stockées, puis traitées, puis analysées, parfois répliquées entre systèmes. Chaque étape génère une empreinte, et chaque duplication multiplie les surfaces de stockage actives. Ce postulat de stocker pour pouvoir traiter n’est pas une fatalité technique. Il est le résultat d’une habitude de conception.
Une architecture qui traite la donnée pendant son transit, sans jamais la persister dans un espace intermédiaire, réduit mécaniquement l’empreinte de stockage à zéro sur la couche de traitement. C’est le principe sur lequel repose la DataCell d’iD4Connect : chaque unité de traitement agit sur la donnée pendant son passage (nettoyage, transformation, enrichissement, routage) puis la libère. Rien ne s’accumule côté middleware. L’organisation du DataGraph orchestre ces unités sans jamais centraliser les données dans un hub intermédiaire. Le résultat n’est pas seulement un gain de performance ou de coût : c’est une architecture sobre par construction, dont l’empreinte environnementale est structurellement plus faible que celle d’un pipeline classique.
Quelques ordres de grandeur qui recadrent le débat :
4,4 % : part du numérique dans l’empreinte carbone française (ADEME-Arcep, janvier 2025)
46 % : part des datacenters dans l’empreinte carbone numérique, contre 16 % en 2020 (ADEME-Arcep, janvier 2025)
53 % : part des usages numériques français hébergés à l’étranger, sur des mix électriques plus carbonés (ADEME, 2025)
52 % : proportion des données stockées en entreprise qui sont inutilisées ou obsolètes, soit les « dark data » (Veritas)
6,4 millions de tonnes de CO2 : émissions annuelles du seul stockage de dark data dans le monde (Veritas)
60 % : hausse projetée de l’empreinte carbone du numérique en France d’ici 2040 si les trajectoires actuelles ne changent pas (rapport du Sénat, 2020)
Trois questions que chaque DSI devrait se poser avant de valider sa prochaine architecture
1. Savez-vous combien de données votre SI stocke sans jamais les relire ? La dark data ne se voit pas dans les tableaux de bord habituels. Elle ne génère pas d’alertes, ne ralentit pas les performances, n’alerte aucun monitoring. Elle consomme simplement de l’énergie, en silence, à chaque seconde. Un audit de cycle de vie des données (combien d’entre elles n’ont pas été accédées depuis plus de six mois, plus d’un an, plus de trois ans) est le point d’entrée le plus immédiat pour comprendre l’empreinte réelle d’un SI.
2. Votre empreinte carbone numérique intègre-t-elle le cycle de vie des données ? Les bilans carbone IT se concentrent souvent sur les équipements physiques et la consommation électrique mesurée. Le coût de l’egress, le coût du stockage fantôme, le coût des réplications automatiques oubliées : ces postes ne figurent presque jamais dans les analyses scope 3 actuelles. Pourtant, c’est là que se joue une part croissante de l’empreinte réelle, comme nous le détaillions dans notre article sur les coûts cachés du cloud.
3. Vos architectures de traitement peuvent-elles fonctionner sans stocker par défaut ? La question n’est pas de supprimer le stockage de toutes les données : certaines doivent être persistées. Elle est de distinguer les données qui doivent l’être de celles qui sont stockées par habitude ou par défaut d’architecture. Un pipeline qui traite en transit et ne stocke que ce qui a une valeur documentée est, par construction, plus sobre qu’un pipeline qui centralise d’abord et traite ensuite.
La sobriété numérique ne se décrète pas dans une charte RSE. Elle se construit dans les choix d’architecture, dans les politiques de cycle de vie des données, dans le regard qu’une organisation porte sur ce que ses serveurs hébergent réellement. Ne pas stocker, quand le traitement peut s’en passer, n’est pas une contrainte : c’est un acte de conception. Et en 2026, c’est aussi un acte écologique.
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